L'irrigation traditionnelle
Cette technique repose sur plusieurs piliers : l'énergie gravitaire de la pente, la répartition équitable et raisonnée de l'eau et l'engagement d'une communauté entière. Elle est mise en péril aujourd'hui pour ses coûts de maintien et les nombreuses réparations onéreuses résultantes des extrêmes climatiques si intenses en territoire de haute montagne.
L'énergie gravitaire
Le système de l’irrigation gravitaire repose sur trois principes fondamentaux. Le premier est d'amener l’eau d’une source ou d’un cours d’eau situé en amont à un point situé en aval par un canal initialement creusé dans la terre et/ou dans la roche. Lorsque l’eau atteint la fin de son parcours, elle est restituée par une déverse soit vers son cours d’eau d’origine, soit vers un autre canal ou encore un autre cours d’eau. L’eau circule donc perpétuellement sans besoin d’autre énergie que celle procurée par la pente.
Le deuxième principe consiste à irriguer la plus grande superficie possible grâce d’une part, à l’aménagement d’un réseau complexe constitué de canaux secondaires et tertiaires, d’ouvrages de répartition et des martelières (vannes) et d’autre part, à la nature même de l’irrigation pratiquée : par submersion ou par raies.
Le troisième principe pose la répartition équitable de l’eau, la gestion raisonnée de sa distribution et sa restitution aux principaux protagonistes du cycle long de l’eau, à savoir la nappe phréatique et les cours d’eau.
La gestion : répartition équitable et engagement collectif
Pour que ce système fonctionne correctement, les arrosants ont conçu une feuille de route, nommée le “role”. Il indique le rythme de l'irrigation pour chaque parcelle ainsi que le volume d’eau dont elle bénéficie. Ce dernier est déterminé en fonction de deux critères : le débit de l’eau du canal et la superficie de la parcelle. Le “role” est donc un document propre à chaque canal même si certaines trames se retrouvent d’un canal à un autre, comme par exemple l'irrigation du "3 x 8". Ce type de distribution s'établissait sur une période de trois années. A chaque nouvelle année, l'heure d'irrigation était décalée de 8 heures. Cette organisation répondait au souci d’équité de la communauté des arrosants. En effet, pour qu’une parcelle puisse être irriguée, les bras d’une femme, d’un homme ou d’un enfant doivent actionner la martelière, cette plaque en fer magique qui laisse entrer vers une parcelle ou la bloque. Le rythme du "3 X 8" imposait à chaque arrosant de se lever dans la nuit tous les 3 ans mais assurait aussi qu'il bénéficie des horaires du matin et de l'après-midi bien plus cléments. De même, toutes les parcelles bénficiaient, à tour de role, de la fraicheur nocturne pour éviter l'évaporation causée par le soleil.
Le bon fonctionnement du système requiert aussi l'existence d'une communauté formée par les propriétaires arrosants. Elle seule permet la sauvegarde du canal et la transmission des savoirs et du savoir-faire de génération en génération.
Maintenir l’irrigation gravitaire traditionnelle nécessite une présence importante pour son entretien. A cette charge devenue trop importante pour le nombre réduit d'arrosants, s'ajoute celle des travaux onéreux que chaque tempête, chaque crue et chaque période de sécheresse causent. Cet ensemble est si lourd à porter que cette pratique, bénéfique pour la préservation des enjeux de biodiversité et paysager associés, est menacée d’abandon.